CAMILLE SCHERRER

ON NOUS L’AVAIT DIT QUE LA MONTAGNE FORGEAIT DES ROBUSTES

december 08 gustav magazine


PETIT BOUT DE FEMME COMPLETEMENT DECALEE, ELLE CLOUE LE BEC DE TOUS LES OBTUS QUI S’OBSTINENT A PENSER QUE SEUL LES CITADINS ONT LES CLES DE L’ART MODERNE ET INNOVANT.

ALORS CAMILLE, ÇA FAIT QUOI D’ÊTRE ELUE MEILLEUR DIPLOME EUROPEEN ?

« Ben attend, coup de fil du syndic de Château d’Oex quand même ! Ils ne comprennent pas vraiment ce que je fais mais je suis passée dans le journal, alors t’imagines comme ils sont fiers ! »

Double ‘hahahaha’ ! On peut comprendre l’emballement de la commune quand une de leur jeune atteint un tel niveau dans une sphère plutôt inaccessible pour le commun des mortels.


Camille incarne aujourd’hui l’avenir en image du nouveau lab ECAL+EPFL, dédié aux innovations multimédias entre designers et ingénieurs. Très loin de s’imaginer qu’un jour elle porterait un tel projet, Camille est un cru pur et dur de ce que font de mieux les pâturages helvétiques. Passionnée de montagnes, créative à souhait, elle s’est construit tout un univers animalesque, sombre et doux à la fois, étrange et sauvage.

« Après ma matu j’étais un peu perdue, je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire mais il fallait que je déballe ma créativité. » Peut-être sans grande conviction elle intègre alors la section cinéma de l’ECAL. Ecole renommée certes mais arborant trop violemment un style écalien formaté… Craintes vérifiées, elle s’oriente finalement en Media & Interaction Design au sein de la même école. Ça ne change en rien ce formatage mais la discipline permet une plus grande liberté.

Pendant ces 3 années elle restera souvent en marge des demandes des professeurs, mais sait pertinemment que l’affirmation de ses choix et la confirmation de ses capacités devront passer par des désapprobations.


Les profs n’ont qu’à bien se tenir, on n’emmerde pas une montagnarde… Et son travail de diplôme, « Le Monde des Montagnes » en est la preuve en image. Fidèle à son univers, son livre hanté comme elle l’appelle, est un hommage à la montagne d’antan.

Mis dans une ambiance douce et agréable, le lecteur ne peut se sentir gêner par un quelconque œil observateur, la caméra étant dissimulée dans la lampe qui l’éclaire. Il peut alors s’immerger dans cette histoire pleine de poésie, mélangeant textes sortis de son cœur et images volées dans l’album familial. Sur l’ordinateur posé à côté du livre, des éléments cachés émergeant tout droit de l’imagination de la demoiselle, se mettent à surgir au fur et à mesure que le lecteur tourne les pages et s’adaptent au mouvement, dans l’espace et dans le temps.

Une ombre d’oiseau, un animal étrange, des télécabines… Les illustrations nous rappellent nos contes d’enfants, mais la technologie est bien plus complexe et technique qu’une simple mise en place d’animations pseudos interactives que nous avons eu l’habitude de voir jusqu’à aujourd’hui.


Ce projet, aux allures naïves et  émouvantes, n’est autre que la mise en scène accessible de technologies qui pourraient devenir beaucoup moins sexy une fois leur mise en place sur le marché… L’avenir ? La pub sans aucun doute, mais aussi et sûrement des nouveaux medias pour des œuvres artistiques vivantes telles le théâtre, les concerts ou le VJaying.

En attendant, Camille continue son bonhomme de chemin et vient de faire des pas de géants.

Collaborant depuis quelques années avec le bureau de directeurs artistiques H5 à Paris, et ayant déjà créés un petit paquet d’animations pour divers clients et projets personnels, sa vie prend un tournant monumental depuis l’obtention de son diplôme au mois de juillet.

Y a qu’à voir… Engagée en tant que ‘Chercheuse en Design’ à l’EPFL+ECAL lab ; présentation de son diplôme à Cambridge lors d’un forum sur la réalité augmentée ; sélectionnée pour exposer son « Monde des Montagnes » à l’expo ‘TALENT’ à Eindhoven, Pays-Bas, où elle est élue meilleur diplôme européen ex-aequo avec un étudiant de la Design Academy d’Eindhoven ; et clou du spectacle, elle est invitée par la Maison Européenne de la Photographie à Paris pour le lancement d’une exposition itinérante sur l’art vidéo ‘Video Short List’, à travers les grandes villes du monde (Paris, Tokyo, NYC, Rio…) et ce pendant 2 ans.


Ce CV presque prétentieux nous ferait pratiquement oublier l’essentiel du personnage. Parce qu’en fait Camille c’est pas une fille à lire, c’est une fille à vivre et à rire autant dans une session thé-belotte, qu’une journée de ride ou une soirée en leggings vinyl.

En fait, on se dit que le monde peuplé de Camille serait vachement plus joyeux !

chipchip.ch