SHE-FREESTYLE BASKETBALL

NO RULES NO BOUNDARIES

june 08 gustav mag switzerland



ON NE PEUT PAS VRAIMENT DIRE « QUAND » LE FREESTYLE BASKETBALL A VU LE JOUR, MAIS UN TRUC EST SUR, C’EST QUE LES HARLEM GLOBETROTTERS Y SONT POUR QUELQUE CHOSE. DANS LES 40’S, ILS OFFRAIENT DEJA DES FACETIES PLUTOT CLOWNESQUES AU PUBLIC, EN TOURNOIS PROFESSIONNELS.

DEPUIS, LE FREESTYLE BASKETBALL S’EST REPANDU ET A SURTOUT EVOLUE, POUR DEVENIR LA DISCIPLINE ARTISTIQUE DU STREETBALL (BASKETBALL DE RUE). DANS CETTE SPHERE MASCULINE AUX GROS BRAS QUI CHAUSSE MINIMUM DU 52, ON A RENCONTRE LA SUISSE BALLGIRL AKA MELANIE ET LA FRANÇAISE MISS AO AKA AMELLE, LES DEUX FREESTYLEUSES EUROPEENNES…DES QUEENS ON VOUS DIT…



Quand Mélanie me donne rendez-vous à la Swiss Hotel Management School de Caux et qu’elle me reçoit en tailleur, je me dis que c’est un leurre et la miss sur la mixtape S1S1F, ben c’est pas elle.

Pas eu besoin de discuter bien longtemps, pour confirmer que le freestyle ça fait parti de soi. Des années de basket dans les pattes, et toujours la même passion, la même rage sur le terrain. Bien plus aficionados des playgrounds que des salles, quand la demoiselle a voulu quitter son club pour jouer en ligue de streetball en Suisse (NSBL), elle n’a pas vraiment eu le choix, c’était avec les gars ou rien…

Mais en même temps, quand on lui demande si elle préfère jouer avec des mecs, la réponse est claire « Sans aucun doute oui ! (ahah) J’ai été habituée depuis mes débuts à jouer contre des mecs je pense que c’est pour ça. Ca été assez difficile surtout au début, car j’étais plutôt timide, j’osais pas trop m’imposer. Les gars m’ignoraient parfois… Quand ils m’ont laissé ma chance, j’ai prouvé que je pouvais jouer. C’est une question d’attitude je pense. Quand j’arrive sur un terrain, je n’attends pas de passe-droits parce que je suis “ballgirl” ou parce que je suis une fille, j’aurai ma place sur le terrain parce que je l’aurai méritée. Aujourd’hui, j’ai beaucoup plus d’assurance sur les playgrounds, mais la place n’est jamais assurée et je kiffe cela, ça me pousse à toujours taffer mon jeu. C’est clair certain ne kiffe pas jouer contre les filles, et j’accepte c’est un choix, mais la plupart du temps c’est parce qu’ils ont peur de se voir mettre un cross ou un shoot sur la tête par une fille….» Sans commentaire !

A la différence de beaucoup de sports fédérés, le basket, même au plus haut niveau, s’inspire énormément des jeux sur les playgrounds. C’est un sport issu de la rue, dont on a su garder l’essence même« Le Basket pur et le streetball sont complémentaires. Le jeu professionnel requiert les fondamentaux, tandis que le streetball demande plus de capacités individuelles. La plupart des grands joueurs se sont d’abord forgés un jeu sur les playgrounds avant de briller chez les pros. Après, tout dépend de l’adaptation au style de jeu. »

Et c’est ce que, dès les années 40, les Harlem Globetrotters ont instauré… à condition que le tableau d’affichage le permette, leur entraîneur ne s’est jamais opposé à cette dimension beaucoup plus « entertaining ».

Donc même si ce n’est pas au goût des puristes, on peut intégrer certains movement freestyle en match professionnels comme on voit en NBA parfois, même si c’est surtout dans les matchs de streetball qu’on peut les apprécier. Comme on dit peu importe l’endroit pour un freestyle. Ni règles, ni limites… tant qu’on ne fait pas perdre son équipe !

« Le freestyle demande de la coordination et de l’agilité, le reste c’est du travail et de la répétition, c’est surtout la créativité et la liberté d’expression qui sont mises en avant dans cette discipline. »

Tout est permis de dribbles en rythme sur un son hip-hop jusqu’à l’agilité de faire tourner 3 ballons sur des stylos (genre un dans la bouche et un sur chaque coude, ouais ouais c’est tricky mais ça se fait), le freestyle c’est dans la tête, c’est au joueur de créer ce qu’il a envie avec la balle.

Mélanie a commencé en 2003, et c’est sa rencontre avec Miss AO qui l’a poussée

« Lors d’un voyage à Paris, une amie m’a présenté à Miss AO, elle m’avait parlé d’elle depuis longtemps, que je devais la rencontrer etc… et dès qu’elle m’a montré ses moves, j’ai halluciné et elle de même car nos styles étaient assez similaires, sans même se connaître… »

Depuis, Ballgirl ne s’est jamais arrêtée de freestyler, parce que comme on l’a dit plus haut, peu importe l’endroit pour un freestyle. Une fois qu’on y a touché, on le vit, et lorsqu’on performe sur un terrain, ça en fait parti.

Quand on lui demande qui, pour elle, est la queen de la discipline, en un instant elle répond MISS AO. Amelle est une des seules filles à avoir joué pour les célèbres mixtapes AND1. Elle a trimée sur les terrains de la banlieue parisienne pour se faire une place au milieu des mecs, elle a trimée dans sa famille aussi pour faire accepter qu’une fille n’est pas créée pour entretenir un logis et qu’elle mérite le respect autant qu’un garçon. C’est une de ces filles qui défend la cause féminine autrement qu’en brandissant des banners aux slogans souvent inconséquents. Et plus de 15 ans après ses débuts, elle est toujours là, en place dans les tournois et events pour des shows, en place dans la cité pour partager sa passion avec les jeunes, en place tout simplement parce que c’est une reine et on pourrait en écrire un livre.

Un exemple de respect, de force de caractère et de volonté.

Même si le freestyle est complètement développé aux US avec des crews dans à peu près toutes les villes, en Europe c’est une autre histoire… Alors on salut ces filles qui se battent sur le terrain comme dans la vie pour promouvoir une discipline confidentielle, un sport tournée autour de la céation artistique.

« Le freestyle est un outil qui gagne à être développé surtout pour des jeunes en marge de la société qui ont du mal à s’inscrire dans une structure, à respecter les règles et les engagements : le freestyle de par sa pratique dans la rue et la liberté qu il offre est un moyen de faire passer des règles de respect, de canaliser les énergies. » Miss AO