june 08 gustav mag switzerland

MELANGE D’UNE JEUNE FILLE FAUSSEMENT NAÏVE ET INSIDIEUSEMENT PERVERSE, BUNNY RABBIT DONNE UNE IMAGE D’INGENUE PERCHEE QUI NOUS BALANCE DES TEXTES ETRANGES ET PROVOCATEURS. ELLE POSE SES LYRICS COMME UN CONTE POUR ADULTE, MIX DE LUXURE ET D’INSPIRATION MYSTIQUE, SUR LES BEATS ELECTROCLASH-CRUNKISANT DE LA PRODUCTRICE BLACK CRACKER. UNE MUSIQUE ELECTRO-HIP-HOP TEINTEE D’UN ESPRIT VOODOOISTE DU VIEUX SUD POUR NOUS ENVOUTER DE FAÇON OBSCENE ET OBSCURE, MAIS AVEC UN AIR TELLEMENT INNOCENT!
A Neuchâtel début mai, nous avons testé le live du premier opus Lovers & Crypts. Partageant les avis, on a voulu voir par nous-mêmes le monde troublant de Bunny Rabbit (Melisa Rincon) et Black Cracker (Celina Glenn).
L’endroit est bien choisi, le Queen Kong Club, nouveau spot de la Case à Chocs. Atmosphère enfumée et bar rempli, la place bien ghetto correspond parfaitement à ce qui nous attend. Après avoir écouté l’album, je me demande quand même si je n’aurais pas dû prendre quelques psychotropes car l’ambiance sonore appartient plutôt au monde de l’irréel.
Mais pas besoin, les deux compères savent faire monter la sauce rapidement. Le mélancolique It ain’t easy est lancé mais ce n’est qu’un leurre avant de faire bouncer les gens en moins de 3 mn avec Stranger Danger. Black Cracker n’hésite pas à prendre le mic pour interférer avec le public et Bunny s’en amuse. Le live est beaucoup plus dynamique que l’album, les grosses sub-basses de Dirty Dirt se mêlant à des sons plus new wave comme sur Lovers & Crypts. L’outrageux Saddle Up, plus crunk, s’accorde parfaitement au côté bouncy de Lucky Bunny Foot. Que ça soit sur l’album ou en live, les deux rappeuses continuent de brouiller les pistes, il est quasi impossible de leur coller une étiquette.
Le show se termine après 45 minutes. Court, certes, mais comme elles le disent, « nous continuons encore de grandir en tant qu’artistes, nous sommes qu’au début de notre carrière », alors le meilleur reste à venir.
En commençant par leur demander d’introduire chacune l’autre, le ton est donné…
« Bunny a une vie cachée, elle vole les cœurs des bébés! »
Avec ce côté mystique omniprésent, Bunny reste plutôt terre-à-terre au sujet de ses inspirations: « La nature, les gens, notre quartier bien dirty, tout mon environnement m’inspire. Je suis une personne gentille, mais je sais que j’ai des sentiments et des pensées très noires, comme tout le monde en fait, nous sommes tous imaginatifs. » Effectivement, même si leur but n’était pas de faire un album dark et sexuellement orienté, c’est ce qui émane principalement des tracks, mais pas seulement. Leur musique est un mix de plusieurs influences.
« Ça ne veut pas dire que nous ne sommes pas nous-mêmes, on ne veut simplement pas montrer une seule face. Pourquoi faudrait-il parler que de politique ou que de sexe, ou faire juste de la dance music ou juste de la musique emo? », précise Cracker.
Il est donc assez difficile de les rapprocher d’autres artistes ou de les lier à une quelconque scène. D’autant plus que New-York regorge d’un nombre de scènes hip-hop démesuré, plus que n’importe qu’elle autre ville. « On vient de Williamsburg, un quartier de Brooklyn. De nouveaux artistes comme Lief, Telepathe, Shannon Funchess viennent d’ici. On a une sensibilité très proche de ce genre d’artistes. Même si nos musiques ne sont pas forcément similaires, on vient de la même scène et c’est ce qu’on est en train de construire avec eux. »
Elles continuent de développer cette différence et avec l’expérience acquise du premier album, bouclé en un mois, elles savent exactement où elles veulent aller avec le deuxième. « Quand Voodoo Eros Records [ndlr: label créé par Bianca de Cocorosie] nous a demandé d’enregistrer, Bunny n’avait fait qu’un seul live, c’était beaucoup trop tôt. On voulait à la base faire un projet maison, mais tout est arrivé très vite. Nous avons appris énormément au fur et à mesure des tournées, et c’est comme ça que le live a évolué, qu’il est devenu différent de l’album. Ça nous aide à prendre la bonne direction pour le deuxième, celle de la réflexion. On veut faire la même musique, mais plus sophistiquée, avec une plus grande attention aux détails. Un album démesurément plus grand et monstrueusement dark. Un projet exagéré en quelques sortes! ».
Au-delà de leur image, elles sont loin d’être des artistes pour la gloire, elles ne se donnent en aucun cas le droit d’avoir des exigences abusives. « Pour notre première tournée en Europe, nous nous sommes occupées nous-mêmes du booking et de l’organisation. Nous avons pris le train pendant 3 mois, traînant avec nous tout notre matos et c’était chiant. Maintenant, on apprécie vraiment chaque expérience, chaque show. On n’a pas de grandes attentes, on veut juste que notre public sache que nous sommes très reconnaissantes de leur soutien. ».
Elles ont la même approche avec les autres artistes. Elles n’ont pas voulu faire de collab pour pouvoir s’affirmer seules et ne pas utiliser la notoriété des autres. Pour le deuxième, elles envisagent de travailler avec des amis, artistiquement proches. De son côté, Black Cracker a aussi plusieurs projets: « Je travaille sur un livre, pour cet automne, et je veux faire mon propre album puisqu’à la base je suis poète et human beatbox. Je vais produire également l’album de Shannon Funchess, mais mon plus gros projet reste biensûr Bunny Rabbit ».
Après plus de deux mois sur la route, les deux adeptes du DIY ont conquis un public confidentiel européen. Pour les US, l’organisation des tournées reste beaucoup plus complexe, d’autant plus s’il n’y a pas de support financier et un manager. Mais ce projet atypique n’est amené qu’à gagner en notoriété. En jouant sur les contrastes, leur démarche est fondamentalement emprunte de revendications identitaires et leur motivation et leurs personnalités ne peuvent que les conduire à accomplir leurs ambitions.
DO DA DAMN THING BUNNY!
NDLR 13.02.10 : Bunny Rabbit & Black Cracker sont aujourd’hui séparées dans la vie, elles continuent leur projet commun mais chacun se concentre dorénavant sur de nouveau projets. Check BUNNY, le projet perso de Bunny Rabbit.