THE BADASS
spring 09 gustav magazine

BURLESQUE, SÉRIES B, SEXPLOITATION ET VIOLENCE, LES ANNÉES 60 AMÉRICAINES ONT VU NAÎTRE UNE CULTURE OUTRAGEUSE, SEXY ET VULGAIRE, GRÂCE À LA FIN DE LA CENSURE (MERCI NDLR). LE CINÉMA D’EXPLOITATION PREND UN NOUVEL ÉLAN, ET AVEC LE RECUL, TOUS CES FILMS LOW BUDGET DEVIENNENT DE VRAIES PETITES MERVEILLES. LA PERLE DES GRINDHOUSE RESTERA SANS AUCUN DOUTE FASTER PUSSYCAT KILL! KILL! DE RUSS MEYER, GÉNIE DU GENRE. TROIS FEMMES SEXY, DE LA VIOLENCE, DES DIALOGUES MYTHIQUES PUIS SURTOUT TURA SATANA…
Icône indétrônable, Tura Satana aka Varla The Badass dans Faster Pussycat Kill! Kill! a, en quelque sorte, eu le rôle de sa vie en 65. Certes parce que le film est devenu un culte mais surtout parce que Varla, c’est une partie d’elle. Violente, rebelle, leader et sexy, portrait réducteur, mais image cultivée. Derrière ça, Tura c’est un personnage unique dans le paysage de l’entertainment américain, avec une vie à la Edith Piaf, la drogue en moins…

Violée par 5 gars à l’âge de 9 ans, qui s’en sont sortis moyennant argent pour juge corrompu, elle est envoyée en maison de redressement pour comportement aguicheur…Triste retournement de situation qui virera à son avantage pour en faire sa force.
Leader de gang, protection contre salauds. Prise de position et de cours d’arts martiaux, elle finira par retrouver les mecs qui auraient pu la rendre ‘men hater’. Vengeance sera faite. Durant toute sa période en maison de redressement, son gang se bât pour empêcher viols et discriminations. Elle-même ni blanche, ni black, puisque d’un père japonais et philippin, et d’une mère amérindienne et irlandaise, elle doit s’imposer en tant que jeune fille américaine, avec force si nécessaire. Cette partie atypique de sa vie construit la plus grande force de sa personnalité, une énergie souvent violente mais complètement vitale.
Destin d’une fille de famille conservatrice, elle est mariée à 13 ans à celui qui lui ait prétendu depuis sa naissance. Mais la chance tourne, le jeune homme de 17 ans préfère se bourrer la gueule avec ses potes de la Navy donc le divorce est facile, et évite à l’épouse la fantastique vie de femme au foyer…

Nouveau départ pour nouvelle vie…
30$ en poche, une fausse carte d’identité et L.A.
Essais ratés de chanteuse de blues, mais tentative plus réussie quand elle commence à poser nue pour celui qui la poussera dans le show business. Même si Harold Loyd n’a absolument aucune idée de son âge, le réalisateur la trouve photogénique et lui donne confiance en elle. En parallèle, c’est sa vie de danseuse burlesque qui commence. Professionnelle à 15 ans, enceinte à 19, elle continue de performer à 1’500$ la semaine jusqu’au mois précédent son terme et tourne aux quatre coins des US avec des starlettes comme Rose La Rose ou Tempest Storm. Sa jeunesse, sa beauté orientale et son côté plutôt salope sur scène (mais toujours classe…) ont bousculé le patriotisme et la pensée puritaine du mâle américain. Elle devient adulée jusqu’à retrouver des gars planqués dans ses chambres d’hôtels, mais elle en dispose et les superpose. Puis un certain Elvis se pointe au milieu des 50s. Même si elle l’a déjà croisé quelques années auparavant, ce soir là, dans un théâtre de Chicago, il reste bouche-bée, impressionné par les acrobaties de la demoiselle… 2-3 cours privés d’art martiaux leur suffiront pour se lancer dans une histoire secrète. Très peu de monde à l’époque connaissait cette love affaire, qui aurait bien pu finir en une relation beaucoup plus sérieuse si la reine du Tassel Twirl (checker des vidéos sur le net, c’est à voir pas à expliquer) n’avait pas refusé la proposition du futur ‘King’. Il dévouait une fascination assez intense pour Tura, son personnage burlesque et son style sexy brunette façon 50s, au point de changer le look de Priscilla, celle qu’il ramena d’Allemagne et qui devint sa femme. D’autres stars et mobsters sont bien entendu passés dans le lit de Tura, de Franck Sinatra à James Arness, en passant par la réalisateur Billy Wilder (Irma La Douce).

Ses apparences à l’écran commencent au début des années 60. Quoi d’autre que des rôles de strippers, de danseuses ou de putes auraient pu lui convenir? On la prend souvent comme belle plante de décoration, jusqu’au jour où Russ Meyer la convie à une audition. Tura n’a pas seulement les mensurations pulpeusement suffisantes pour incarner Varla, elle porte sur elle la même détermination, la même énergie et surtout la même violence. Pas étonnant qu’elle y soit pour beaucoup dans la production du film. Des costumes au maquillage, en passant surtout par l’usage des arts martiaux, Tura s’implique au point que Meyer déclara que le film, c’était ‘elle et lui’. Ce film immanquable prend une position ultra-féministe et fait passer les hommes pour des pervers vicieux et des abrutis de première zone. Les trois vamps complètement sauvages utilisent leur charme pour piller un vieillard gâteux…passent des courses de voitures irréelles à du mettage sur la gueule en règle, façon série B bien entendu. C’est vraiment un moment de cinéma inoubliable à prendre au 3ème voire 45ème degré bien entendu.

Les performances de Tura Satana, dans les films qui ont suivi Faster Pussycat Kill! Kill!, n’ont évidemment pas été à la hauteur, bien qu’un film comme The Doll Squad (Ted V. Mikels - 1974) ait été une inspiration certaine pour Charlie’s Angels et les histoires de miss qui bottent des culs. La fin des années 70 voit donc Tura s’écarter de l’écran mais aussi des strip-clubs. Le topless dans ces lieux de nuits devient un must, et elle le refuse. Ce n’est pas pour autant que sa vie se calme. Un ancien amant lui tire dessus et elle doit abandonner son emploi de nurse. Elle rentre à la police de L.A., puis est victime d’un accident de voiture qui la cantonne dans des hôpitaux pendant deux ans. Même si son personnage Varla The Badass lui permet de faire de l’argent facile sur des shows de seconde zone et du merchandizing, elle consacre la plupart de son temps, entre 1980 et 2000, à sa famille. Elue comme LIFETIME FEMME FATALE en 1994 et l’une des 10 BEST UNDRESSED WOMEN OF ALL TIME, on peut dire que ces temps, on se passerait bien de la voir nue, mais normal en même temps à 70 ans passé…

Des hauts, des bas, pendant des années, mais 2009 apparaît plutôt comme un important come back… Le troisième volet d’Astro Zombies devrait être bientôt en production (elle reste évidemment Malvira Satana comme dans les deux précédents)… Sugar Boxx, hommage supplémentaire aux séries B, arrive dans les salles obscures… Des femmes, une prison, de la violence, de la corruption… Et Tura dans le rôle d’une juge qui porte son propre nom. Son autobiographie The Kick-Ass Life of Tura Satana devrait aussi bientôt sortir, et le documentaire est annoncé pour cette année…

50 années de carrière, 50 années sans avoir bougé d’un orteil de son univers. Toujours la même identité burlesque, pulpeuse et sexy, toujours le même environnement dédié à l’imagerie cheap du cinéma d’exploitation, toute sa carrière post-Pussycat s’est construite sur ce personnage de Varla. A voir si ses films annoncés pour cette année vont vraiment offrir du grand Tura…
Cependant, nous tentons d’élucider depuis quelques mois une question de la plus haute importance…. En Janvier 2008, Tarantino annonçait son désir de faire le remake de Pussycat avec Tera Patrick, l’actrice porno, dans le rôle de Varla (dont la ressemblance est effectivement plutôt prononcée). Cet été, c’est Kim Kardashian, Eva Mendes et Britney Spears qui étaient annoncées pour ce casting des plus improbables… Mais quelques jours plus tard, l’agent de Britney démentait la rumeur, précisant qu’elle devait se concentrer sur son nouvel album (disons surtout qu’un rôle de stripeuse lesbienne et violente ne pourrait pas forcément faire du bien à son image). Nous n’avons plus de news au sujet de ce projet, Quentin est injoignable, et c’est pas faute d’avoir essayé, mais nous vous tiendrons au courant dès que nous aurons de plus amples informations.

“The Point is of no return, and you’ve reached it!” Varla The Bad Ass – Faster Pussycat Kill! Kill!